A-t-on besoin de sérendipité pour former nos managers?

Temps de lecture : 4 minutes

Il paraît que la sérendipité est un concept qui fait bonne fortune dans les sciences humaines. Cette démarche observée le plus souvent dans les milieux scientifiques semble peu à peu se frayer un chemin aussi au sein des organisations.

Capture d_écran 2018-11-15 à 13.28.54

D’aucuns la décriraient comme un état d’esprit à cultiver pour faire des trouvailles : le fameux « Quand on ne cherche pas, on trouve ». Christophe Colomb en est un illustre exemple. Soit. Alors est-ce qu’il faut s’attendre bientôt à entendre parler de sérendipité dans un programme de formation en management ?

Vol 747 pour Paris

« Bonsoir ! Ça va ? » Ç’aurait pu être l’entrée en scène d’une pop star ou bien l’entrée en matière du serveur de chez Gino qui viendrait prendre ma commande (en général : plat du jour et ½ San Pé.) ! Non, non, c’est Alain B., Commandant de bord d’un 747 au départ d’Athènes, d’une compagnie dont on taira le nom (bien qu’elle mériterait qu’on vante le bien être manifeste de ses personnels navigants).

N’est-il pas surprenant qu’un pilote de ligne s’adresse à ses passagers en leur posant des questions ?! Mieux encore ! Comme il sait qu’on ne le voit pas, il incite son public à lui faire un coucou, en se penchant à l’entrée du cockpit. Etonnant non ?!

Et ça marche !

Chacun y va de son « bonjour commandant », « ça va et vous ? » ou lance un signe de la main… Ce n’est pas fini ! Voilà maintenant qu’il se met à nous raconter une histoire ! Pas n’importe laquelle, celle dans laquelle nous sommes déjà tous embarqués et dont on connaît l’issue.
Mais là où Alain est très fort, c’est qu’il nous explique à sa manière, pourquoi il va devoir couper la climatisation au moment du décollage, prendre cette trajectoire plutôt qu’une autre, pourquoi nous pourrons slalomer entre les cumulus et surtout contourner les cumulo-nimbus…

Et tout cela à sa manière

avec un ton et un humour qui, si j’en crois tous ceux qui m’entourent, ne  nous laissent pas indifférents. Je suis ébahi, la plupart participe, les autres sont pour le moins étonnés. Même l’ado à côté de moi retire son casque audio vissé sur la tête à chacune des interventions de notre show man (oui, il y en aura plusieurs !).

Je trouve cet homme génial ! Non seulement parce qu’il nous surprend avec sa méthode et son interprétation, mais aussi parce qu’il profite d’une situation commune pour apporter du savoir et de la valeur ajoutée à notre voyage. Il fait d’une situation banale, une moment extraordinaire. Je réalise alors que je fais partie malgré moi d’un séminaire sur la pédagogie ascendante dont Alain est l’animateur en chef. A ce moment, je me dis

« j’espère qu’on n’est pas obligé de prendre un avion pour pratiquer cette méthodologie ! ».

Pilote-manager ou Manager-pilote

Surtout, je ne peux m’empêcher de penser que si Alain était un manager d’entreprise, il serait certainement très inspiré. Voyons plutôt.

  • Il sait qu’il doit mener tout son monde d’un point A à un point B : chacun a le même objectif.
  • Il connaît le plan d’actions et sait expliquer à tout moment pourquoi il faudra modifier la trajectoire et comment éviter les écueils.
  • Il adopte un style, raconte une histoire à laquelle tout le monde participe et adhère, questionne et fait partager.
  • Il se positionne en leader et compagnon de route.

Tout le sens qu’Alain a donné à cette démarche illustre l’art et la manière de piloter. Plus que son savoir-faire, il a su nous transmettre autre chose que ce pourquoi il est habituellement pressenti. Dans ce cheminement, tout le monde est gagnant et l’on peut aisément penser que bon nombre des passagers de ce vol ont eu, eux aussi, une histoire à raconter à la suite de cet événement: c’est l’effet de continuation.

Et moi, j’ai pris une leçon !

Retour sur terre

S’il y a bien un domaine où il est toujours difficile d’évaluer le retour sur investissement d’un plan de formation, c’est bien le management, n’est-ce pas ?

Ce métier de plus en plus complexe requiert de multiples compétences qu’il est de surcroît nécessaire d’adapter à des situations toutes aussi diverses et variées que les générations peuplant les entreprises. Dans le champ comportemental et dans un contexte professionnel, on incite tout un chacun à observer la symétrie des attentions qui consiste à s’efforcer soi-même de mettre en œuvre dans ses pratiques ce qu’on demande à ses collaborateurs.

Mais ce champ-là nous l’explorons aussi au quotidien : les joueurs de tennis par exemple savent qu’avant de marquer un point, il est nécessaire de prendre le temps de le construire en usant de technique ou de vision du jeu, de prise en compte de l’environnement, du changement de rythme… Appréhender cela ou ce qu’Alain nous a illustré dans cette aventure, c’est une forme de sérendipité ! C’est développer la capacité à identifier toute situation comme étant un ascenseur de compétences. C’est-à-dire être agile à utiliser ce qui nous entoure au quotidien comme un générateur de pratiques transposables à d’autres contextes.

Pour les managers, les formateurs, cette aptitude à cultiver les trouvailles ne serait elle pas une source intarissable d’enrichissement et de transmission des savoirs ?

Dans tous les cas, c’est indéniablement une pratique de développement pour soi et autrui, c’est gratuit, et un vecteur extraordinaire de formation.

Olivier Gesbert
Atypique Consultant


sport et management2A lire aussi: Sport et management, trajectoires croisées


 


 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s